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Pendant des mois, Microsoft a poussé Copilot partout dans Windows 11. Bloc-notes, photos, widgets : l’IA était devenue omniprésente, presque incontournable.
Et puis, sans annonce spectaculaire, l’entreprise commence à faire marche arrière.
Dans un article de blog publié le 20 mars, Microsoft annonce la suppression progressive de plusieurs intégrations de Copilot. Un ajustement discret, mais révélateur d’un phénomène plus large : l’IA, lorsqu’elle est imposée, commence à fatiguer les utilisateurs.
Le texte, signé Pavan Davuluri, vice-président exécutif en charge de Windows et des appareils, s’intitule « Notre engagement envers la qualité de Windows ». Pas de conférence de presse, pas de communiqué tonitruant. Juste quelques paragraphes sur la nécessité d’être « plus intentionnel » dans la façon d’intégrer l’IA.
Du bloc-notes à l’explorateur de fichiers, Copilot recule
Microsoft réduit progressivement la présence de Copilot dans plusieurs applications clés de Windows 11 : Photos, Widgets, Notepad ou encore l’outil de capture d’écran. Ce n’est pas une disparition totale de l’assistant — il reste accessible — mais un élagage de toutes ces petites intégrations qui s’étaient accumulées au fil des mises à jour.
Ce mouvement s’inscrit dans une série de renoncements qui s’étendent sur plusieurs mois. Début mars, le site spécialisé Windows Central avait révélé que des plans d’intégration dans les paramètres système et l’explorateur de fichiers avaient été silencieusement abandonnés. Et avant ça, Windows Recall — cette fonctionnalité qui enregistrait en continu l’activité de l’utilisateur — avait été retardée d’un an face à la gronde sur la vie privée. Lancée en avril 2025, elle fait encore l’objet de découvertes de failles de sécurité.
Le reste du billet de Davuluri concerne des améliorations bien plus classiques : la possibilité de déplacer la barre des tâches en haut ou sur les côtés de l’écran, une accélération de l’explorateur de fichiers, un meilleur contrôle des mises à jour. Des demandes que les utilisateurs formulaient depuis des années. Il a fallu du temps pour y répondre — le temps, peut-être, que l’enthousiasme pour Copilot occupe toute la bande passante. Ce recul ne traduit pas seulement un ajustement produit. Il révèle une tension plus profonde entre innovation technologique et acceptabilité utilisateur.
Une friction trop grande, une confiance trop fragile
La réponse officielle tient en une formule : écouter les utilisateurs. Davuluri explique avoir passé plusieurs mois à recueillir les retours de la communauté. C’est vrai, et c’est aussi insuffisant comme explication.
La moitié des adultes américains se disent désormais plus inquiets qu’enthousiastes à l’égard de l’IA. En 2021, ils n’étaient que 37 % dans ce cas.
Ce chiffre, issu d’une étude Pew Research publiée ce mois-ci, dessine le contexte dans lequel Microsoft évolue. Ce n’est pas un rejet de l’IA en tant que telle. C’est quelque chose de plus subtil : une lassitude face à des fonctionnalités qui s’imposent sans qu’on les ait demandées, une méfiance vis-à-vis d’outils qui collectent, mémorisent, analysent.
Intégrer Copilot dans un bloc-notes ou un outil de capture d’écran, c’est une décision qui a du sens dans un diaporama de direction. Dans la pratique, c’est une icône supplémentaire, un bouton qu’on ne clique pas, une latence qu’on subit. Et pour les utilisateurs les plus attentifs, c’est une question qui se pose : pourquoi mon éditeur de texte a-t-il besoin d’être connecté à un serveur distant ?
La première vague touche ses limites
Microsoft n’est pas un cas isolé. Google a revu la place de Gemini dans ses applications après des retours mitigés. Apple a lancé Apple Intelligence en grande pompe avant de ralentir certains déploiements. Meta multiplie les assistants sans que les utilisateurs ne les adoptent massivement. Partout, la même logique : intégrer l’IA sur toutes les surfaces disponibles, puis constater que la greffe ne prend pas toujours.
Ce qu’on appelait « AI bloat » dans les cercles tech — cette accumulation de fonctionnalités IA non sollicitées qui alourdissent les logiciels — est en train de devenir un repoussoir commercial mesurable. Les directions produit commencent à le prendre en compte.
Ce qui rend l’annonce de Microsoft intéressante, c’est moins ce qu’elle dit que ce qu’elle admet. Un acteur de cette taille, reconnaître publiquement — même avec les précautions oratoires d’usage — qu’il est allé trop loin, c’est un signal. Pas un aveu d’échec, mais un ajustement de trajectoire. La différence est importante : personne ne dit que l’IA ne sert à rien. On dit que l’IA omniprésente, l’IA décorative, celle qui ne répond à aucun besoin identifié, ne convainc pas.
Moins d’IA partout, plus d’IA là où ça compte
La formule qu’utilise Davuluri — « intégrer l’IA là où c’est le plus utile » — ressemble à un slogan. Elle pourrait aussi être le début d’une vraie stratégie. Après une période d’intégrations massives et parfois précipitées, l’industrie semble s’orienter vers quelque chose de plus sélectif : moins de surface, plus de profondeur. Une IA qu’on active, pas qu’on subit.
Microsoft ne renonce pas à l’IA. Mais l’entreprise semble avoir compris une chose essentielle : l’intégration ne suffit pas. Dans un marché qui arrive à maturité, la valeur ne viendra plus du volume de fonctionnalités, mais de leur pertinence.
Autrement dit, l’avenir ne sera pas à “plus d’IA”, mais à une IA mieux utilisée.